Il reste toujours quelque chose à la fin d'un chantier. Douze sacs de plâtre, une palette de tuiles, trois cartons d'isolant, un lot de pierres déposées proprement. Ces matériaux sont neufs ou en bon état, ils ont été payés, et ils finissent le plus souvent en benne parce que personne n'a le temps de leur trouver un preneur.
Le don entre professionnels règle ce problème en quelques heures : le donneur libère son dépôt et évite un coût d'évacuation, le receveur récupère de la matière utilisable. Voici comment procéder concrètement, des deux côtés.
Ce qui se donne réellement dans le BTP
Tout ne se donne pas. Ce qui part le plus vite, sur le terrain comme en ligne :
- Les surplus neufs sous emballage : sacs de mortier, colle, plaques, isolants, visserie, consommables. Ce sont les lots les plus recherchés.
- Les matériaux de dépose propre : tuiles, ardoises, pierres, poutres, parquet, dalles. À condition qu'ils aient été déposés sans casse et stockés à plat.
- Les menuiseries et équipements démontés : portes, fenêtres, radiateurs, sanitaires, portails. Le réemploi fonctionne bien dès que les dimensions sont précisées.
- Les matières valorisables en vrac : terre, gravats propres, bois, métal, PVC. Souvent en gros volume, pour terrassement ou remblai.
Ce qui se donne mal : les produits ouverts et entamés, les matériaux stockés dehors sans protection, tout ce qui contient de l'amiante ou du plomb, et les lots dont on ignore l'origine.
Pourquoi donner plutôt que jeter : le calcul a changé
Longtemps, l'arbitrage était simple : la benne coûtait cher, le don faisait économiser. Depuis la mise en place de la filière REP Bâtiment (PMCB) en 2023, une bonne partie des déchets de chantier triés est reprise sans frais dans les points de collecte partenaires, ce qui a réduit l'écart.
Mais le dispositif évolue. La reprise sans frais des petits volumes de déchets triés (jusqu'à 3 m³ ou 1,5 tonne) est aujourd'hui prévue à titre transitoire, et la refonte annoncée de la filière prévoit la fin de la gratuité pour les matériaux dits « matures » — inertes, bois, métaux, plâtre — à horizon 2027. Autrement dit : les matériaux les plus courants sur un chantier de rénovation sont précisément ceux qui risquent de redevenir payants à l'évacuation.
Le don reprend donc tout son intérêt, pour trois raisons :
- Un coût d'évacuation évité, qui va mécaniquement remonter.
- Du temps gagné : un enlèvement sur site, c'est zéro rotation en déchèterie.
- Une relation commerciale amorcée. Un artisan qui vient chercher un lot gratuit revient souvent pour acheter.
Point fiscal. Un don entre deux entreprises n'ouvre pas droit à une réduction d'impôt. Le mécénat (article 238 bis du CGI) ne s'applique qu'aux dons consentis à des organismes d'intérêt général, et suppose un reçu fiscal. Si vous donnez à une association de réemploi ou à un chantier d'insertion, faites le point avec votre comptable avant de valoriser quoi que ce soit.
Donner un lot : la méthode en 15 minutes
Un don qui ne part pas, c'est presque toujours une annonce trop vague. Les quatre points qui font la différence :
1. Comptez et mesurez
« Lot d'isolant » ne déclenche aucun appel. « 14 plaques de Depron 9 mm, carton complet, 2,5 m² par plaque » en déclenche. Donnez la quantité, l'unité, la dimension, la marque si vous l'avez.
2. Photographiez le lot entier, en lumière du jour
Une photo d'ensemble, une photo de l'étiquette ou du marquage, une photo d'un défaut s'il y en a un. Trois photos honnêtes valent mieux qu'une belle.
3. Précisez les conditions d'enlèvement
C'est le premier motif d'abandon côté receveur. Indiquez : la commune, la période de disponibilité, si le lot est palettisé, si un engin de manutention est disponible sur place, et le poids approximatif. Un preneur doit savoir s'il vient en fourgon ou en plateau.
4. Fixez une date limite
« À enlever avant le 15 » crée l'urgence qui fait bouger les gens. Sans échéance, l'annonce dort.
Récupérer des matériaux gratuits : où chercher et comment être choisi
Côté receveur, la concurrence est réelle sur les beaux lots. Ce qui fait qu'on vous choisit :
- Répondre vite et complet. Un message qui contient « je peux passer demain matin, j'ai un plateau et un transpalette » l'emporte sur cinq messages « c'est toujours dispo ? ».
- Prendre tout le lot. Le donneur cherche à vider, pas à fractionner. Celui qui embarque l'ensemble passe devant.
- Tenir l'horaire annoncé. Les donneurs se souviennent de ceux qui ne sont jamais venus, et le bouche-à-oreille circule vite dans le bâtiment.
- Vérifier avant de charger. État réel, dimensions, complétude du lot. Un don n'est pas couvert par une garantie de conformité : ce que vous emportez, vous l'assumez.
Où chercher, concrètement : les plateformes spécialisées dans le réemploi BTP, les groupes professionnels locaux, les négoces qui déstockent, les entreprises de démolition en fin de curage, et les collectivités qui déposent du mobilier urbain ou des matériaux issus de bâtiments réhabilités.
Le don sur CIRCOBAT
CIRCOBAT réunit sur une même plateforme les surplus, les déstockages, le matériel d'occasion et les dons — entre professionnels du bâtiment uniquement.
Publier un don prend moins de deux minutes : titre, quantité, photos, commune, conditions d'enlèvement. L'annonce est visible immédiatement, et les personnes intéressées vous contactent directement. Aucune commission n'est prélevée.
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Questions fréquentes
Un don de matériaux entre entreprises est-il déductible ?
Non. La réduction d'impôt au titre du mécénat concerne les dons aux organismes d'intérêt général, pas les échanges entre deux entreprises. Le gain du donneur est un coût d'évacuation et un temps de gestion évités.
Qui est responsable si le matériau donné présente un défaut ?
Le receveur emporte le lot en l'état, après vérification sur place. C'est la raison pour laquelle il faut décrire les défauts dans l'annonce et laisser le preneur contrôler avant chargement.
Peut-on donner des matériaux issus d'une démolition ?
Oui, s'ils proviennent d'une dépose propre et qu'ils ne contiennent ni amiante ni plomb. Pour certaines opérations de démolition ou de rénovation significative, un diagnostic PEMD est obligatoire : il identifie précisément les produits et matériaux réemployables.
Faut-il une facture pour un don ?
Aucune facture n'est nécessaire, mais un simple bon d'enlèvement signé (nature du lot, quantité, date, identité du preneur) protège les deux parties et clarifie le transfert.